Amorcez votre cheminement psychologique – interview de l’auteure de Vivre Végane

Un jour, alors que je me baladais végétalement sur internet, j’ai lu d’une personne voulant transiter vers l’alimentation végétale : « je voudrais arriver à comprendre comment se met en place la mécanique mentale de celles et ceux qui y sont parvenus ». Gwendoline Yzèbe – journaliste vegan, blogueuse sur uncourantdevert et auteure du livre Vivre Végane – et moi-même allons vous donner quelques pistes pour amorcer, comprendre et assumer votre cheminement psychologique. Parce que lorsqu’on pense éthique, tout devient possible.

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Osez ressentir votre humanité

Après ma transition alimentaire, je me suis surprise à m’émerveiller soudainement et de tout mon cœur devant des vaches qui mangeaient comme à leur habitude de l’herbe dans un pré ; comme l’a dit également l’écrivain Kafka à propos de poissons : « je peux vous observer en paix, je ne vous mange plus ». Gwendoline, comment décrypte-tu de tels « revirements émotionnels » ?

« Je pense que lorsque l’on devient végéta*ien et d’autant plus en devenant végane, on développe davantage sa sensibilité au monde qui nous entoure. Malgré tout ce qu’on peut se dire pour justifier une pratique omnivore, nous éprouvons pour la plupart une sorte de malaise envers les animaux et leur souffrance, c’est pour cela qu’on laisse la mort à d’autres et qu’on l’occulte.  Une fois la transition alimentaire accomplie, notre éthique influence nécessairement notre façon de voir et de ressentir les choses. J’ai personnellement développé une passion pour les cochons qui sont des êtres fascinants. »

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Certains signes comportementaux vous donnent des indices sur la dissonance cognitive dont vous avez sûrement été victime, en tant qu’amoureux mais aussi consommateur d’animaux. Oui, une dissonance entre la compassion que vous éprouvez à l’égard d’êtres sensibles et le contenu de votre assiette qui n’est autre que ces mêmes êtres. Une dissonance qui sera induite par un refoulement profond de cette compassion que vous éprouverez, désormais, seulement pour vos animaux domestiques non alimentaires.

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Gwen, tu dis dans l’introduction de ton livre : « je ne préférais pas savoir, ne pas penser à ce que je mange ». Que cachait d’après toi ce comportement ? De la peur, de la culpabilité, autre chose ?

« De la culpabilité. Je savais très bien ce que je faisais au fond. Si j’imaginais l’être vivant qu’était ce morceau de nourriture dans mon assiette, je ne pouvais pas le manger. J’étais persuadée que je n’avais pas le choix alors je mangeais, sans penser. Et ça marchait très bien la plupart du temps, sauf avec le lapin : nous en avions un en animal de compagnie. En revanche, je crois que je ne me rendais pas compte de la véritable souffrance animale qu’il y avait derrière tout ça. On aime croire aux belles images d’animaux en liberté dans l’herbe verte… »

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On a en effet tendance à fermer les yeux, à éviter, à contourner… ou à se justifier, comme l’explique Melanie Joy que Gwen évoque dans son livre : «l’idéologie du carnisme (qui justifie la consommation de chair animale par l’humain, ndlr) se repose sur 3N : manger de la viande est naturel, normal et nécessaire ».

Ce mécanisme de non-conscientisation vous aide à renier votre culpabilité à manger des êtres sensibles pour lesquels vous éprouvez, à juste titre, de la compassion. Vous voulez préserver votre intégrité morale mais celle-ci se voit menacée lorsque vous êtes de plus en plus confronté à ces parades psychologiques…

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Gwen, tu cites également : « je me suis montrée solidaire en refusant comme lui la chair animale », en parlant de ton ami d’enfance végétarien. Comment expliques-tu cette démarche que tu qualifies de solidaire dans un premier temps, et non de personnelle ?

« Je me rendais compte que mon ami se retrouvait dans un monde où il n’y avait rien pour qu’il soit en accord avec son éthique. Je trouvais dommage que personne ou presque ne soit prêt à faire un petit effort pour qu’il puisse manger selon ses convictions. A l’époque, je n’avais pas encore réalisé à 100 % ce que ses convictions impliquaient. Je l’écoutais, mais n’étais pas encore prête à le suivre. C’était finalement une façon de commencer progressivement, en étant à ses côtés pour ne pas me sentir seule. »

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« Mon estomac et mon cerveau étaient rentrés en conflit », « chaque bouchée de viande me faisait culpabiliser », « cet entre-deux qui me pesait ». Le cheminement de Gwen progressait.

En effet, votre organisation psychique évolue et tend à s’harmoniser afin de vous réconcilier de plus en plus avec ce que vous êtes au plus profond de vous. Qu’il y ait déclic ou conscientisation progressive comme Gwen, vous prenez par la suite la pleine responsabilité de vos actes que vous alignez petit à petit avec votre conscience qui s’affranchie.

Au final, un végétarien n’a plus mauvaise conscience lorsqu’il observe des animaux car il n’a plus aucune raison de refouler ses sentiments à leur égard. Accueillir le végéta*isme ou le véganisme en vous, c’est oser dévoiler votre compassion la plus profonde mais qui n’en reste pas moins innée.

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Autorisez votre inconscient à frapper à la porte de votre conscience, et invitez-le à entrer !

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Apprenez à dompter vos espiègles papilles

Aux premiers abords, la transition culinaire peut paraître difficile techniquement parlant, mais aussi psychologiquement parlant. Le plaisir des papilles est à ce point choyé parce qu’il est synonyme de confort et de satisfaction, sentiments dont vous avez certainement et légitimement du mal à vous passer.

Toucher un tel point sensible qu’est l’alimentation peut faire peur. Cependant, lorsque vous êtes pleinement réconcilié avec votre sensibilité humaine, la transition s’effectue la plupart du temps tout naturellement…

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« (…) moi qui n’aimais pas cuisiner de plats, j’adore la créativité de la gastronomie végane ». J’avoue me reconnaître ici Gwen. Pratiquer l’alimentation innocente c’est cuisiner avec la conscience légère, et se délecter d’un repas dénué de souffrance est une joie. Que dirais-tu aux personnes qui appréhendent le végéta*isme comme un sacrifice culinaire ?

« On retire finalement peu de choses en devant végéta*ien. Il existe une grande variété de végétaux pour avoir une alimentation variée et savoureuse ! Aujourd’hui, de plus en plus de créateurs culinaires nous surprennent avec le végétal. On peut imiter un certain nombre de plats traditionnels et de pâtisseries, mais on peut aussi créer de nouvelles choses. De plus, quand on choisit cette alimentation pour des raisons éthiques, on ne ressent pas de sacrifice. C’est au-delà de notre simple plaisir gustatif. »

Tu préconise de procéder par étapes au niveau de la transition alimentaire. Que conseillerais-tu aux personnes en démarche de transition face à leurs « envies » de produits animaux ?

« En général, on ne choisit pas d’arrêter les produits animaux parce que l’on n’aime plus ça. La force des habitudes existe et il faut mettre en place de nouveaux rituels. Pour végétaliser son assiette en douceur, on peut rester sur l’agencement familier viande/légumes à l’aide des simili-carnés. Ensuite, il faut réfléchir à notre réelle motivation au moment où, par exemple, on est tenté par un bout de fromage. Est-ce une vraie faim ? Une gourmandise ? Puis-je prendre autre chose à la place ? Il est aussi important de se souvenir pourquoi l’on a fait ce choix de transition alimentaire, cela suffit en général à couper l’envie. »

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Il faut que vous compreniez que vos envies gustatives ne font pas de vous une mauvaise personne indigne d’entamer ce chemin honorable qu’est le végéta*isme. Vous avez juste derrière vous des années de tradition culinaire dont votre corps ne s’est pas encore désaccoutumé.

Les croyances sont tenaces, et tout est question de perception :

« La différence se situe dans des habitudes tellement ancrées qu’il ne nous vient pas à l’esprit de les interroger ». Gwen évoque ici la catégorisation que l’on fait concernant les animaux « comestibles » et « non-comestibles » : vous êtes tout à fait aptes à refuser de consommer un animal que vous jugez non-comestible pour des raisons… qui n’incombent que vous finalement.

En quoi des lasagnes de cheval seraient-elles plus scandaleuses que des lasagnes de bœuf ? En quoi pourrions-nous consommer du veau et non pas du chiot comme en Chine ? Méditez sur ces évidences apparentes. Vous rendre compte de cette subjectivité ne rendra votre transition que plus facile.

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Comprenez que les codes alimentaires d’un pays ou d’une civilisation ne sont que culture et habitudes, dont le remaniement demande un temps d’adaptation propre à chacun.

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Soyez fier de vos valeurs et vivez sans retenue

Votre sensibilité naturelle d’être humain ne vous fait plus peur. Vous vous libérez des conditionnements socio-culturels et ne normalisez plus l’indifférence de cette société. Vous ne cautionnez plus la souffrance conscientisée autour de vous, et ne souhaitez plus y participer.

Seulement il reste dans ce monde autour de vous, des détracteurs du végéta*isme qui accusent de « sensiblerie » les engagés de l’éthique animale. Parce que oui, les arguments émotionnels ne sont pas pris au sérieux et parfois même ridiculisés.

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Gwen, comment expliques-tu ces réactions moqueuses vis-à-vis de cet engagement éthique ?

« C’est un mécanisme de défense tout simplement. Parfois, les gens se sentent « agressés » par la simple présence de végéta*iens : cela les amène à réfléchir à leur consommation et à culpabiliser. Ils sont en conflits avec eux-mêmes et cherchent à se protéger. Ils s’appuient malheureusement souvent sur des stéréotypes sexistes et des croyances dépassées, sans même s’en rendre compte. C’est la répétition d’un discours intégré depuis l’enfance. Mais ce n’est pas irréversible, sinon, nous ne serions pas de plus en plus nombreux à devenir végéta*iens. »

Dans la partie de ton livre « le véganisme à travers l’histoire », tu dis : « L’environnement et la santé sont des préoccupations grandissantes, et fondamentales, qui seront sans doute mises davantage en avant dans les années à venir, au détriment des droits des animaux ». Y vois-tu, de la part de la société, le refus d’une forme de faiblesse associée à la considération animale ?

« Oui. Reconnaître les animaux comme des êtres sensibles, c’est admettre que nous ne leur sommes pas supérieurs. C’est renoncer à notre suprématie, celle dans laquelle nous nous berçons d’illusions depuis des siècles. Cela veut dire que nous allons devoir changer beaucoup de choses dans notre façon de vivre et nous savons combien les êtres humains sont réfractaires au changement… »

 « Nous sommes parfois mal perçus, car nous remettons en cause une tradition bien ancrée qui soulève des questions bien plus vastes que la consommation de viande, telles que la tradition et la place de l’homme dans le monde ». Comment vivre pleinement son engagement éthique parmi ces vieux idéaux ?

« S’entourer de personnes qui partagent la même éthique est un appui précieux. Il est bien, au moins par internet, de pouvoir discuter avec de telles personnes et se souvenir que nous ne sommes pas seuls. S’impliquer dans des actions militantes peut aider aussi. Il est également essentiel de garder son calme face aux moqueries ou arguments fallacieux. On peut répondre bien sûr, mais en gardant en tête que nous aussi nous avons consommé des êtres vivants avant de réaliser ce que cela impliquait. Mais si la personne en face est vraiment campée sur ses positions et s’énerve, ce n’est plus la peine de discuter. Personne ne fera changer l’autre d’avis dans ces conditions. Parfois, les arguments font leur chemin tout seul. »

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Vivez pour vous, pour eux, parce que vous en avez envie. Trouvez la place que vous voulez occuper dans ce monde, et occupez-là les pieds bien ancrés dans le sol.

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.Un grand merci Gwendoline pour ta précieuse contribution à cet article 🙂

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